POÈMES EN CAVALE

Marc Cholodenko
Présenté par Frédéric Laé
Jeudi 28 janvier / 19h30 / Pannonica
En partenariat avec le Lieu unique, l’Université de Nantes, Alternantes FM et l’hôtel Pommeraye.


Né en 1950 à Paris, Marc Cholodenko fera une entrée remarquée en poésie, en 1972, avec Parcs (Flammarion) et une langue intense, ardente, parfois érotique, chercheuse, fouillant l’insolite, “ne laissant pas même entre
poésie et vie l’épaisseur d’une virgule” (in Larousse.fr), langue qu’il multiplie dans la diversité formelle, l’ode, le portrait, l’essai, le roman (il obtiendra le prix Médicis en 1976 avec Les États du désert publié chez Flammarion).
Récemment, Fabrice Gabriel, louant cet écrivain dans Les Inrockuptibles, écrivait : “Ponctuel mais jamais attendu, tel est Marc Cholodenko, qui livre avec une régularité déconcertante des textes toujours neufs, mais trop peu
souvent reconnus.”

Ce formidable écrivain semble avoir acquis en effet un statut pour le moins original, et pas forcément confortable : être au purgatoire de son vivant. Poète à scandale et à succès du Roi des fées ou prodige proustien des États du désert, Cholodenko fut dans les années soixantedix un astre élégant, radical, d’une beauté sûre de son fait. Il n’a rien perdu de cette lumière, même si l’époque, dirait-on, lui préfère des néons plus criards. Tant pis pour elle.” En 1988, il deviendra le dialoguiste attitré du
cinéaste Philippe Garrel, lui confiant la charge des dialogues
masculins. Ses livres sont essentiellement publiés chez P.O.L.

Quand on a fait de la poésie, et qu’on a cessé, on est mort : le jour où soudain il est possible de recommencer, la poésie est la vie : la vie, depuis le premier jour où on a écrit de la poésie, est la poésie.
La poésie se fait chaque jour : la poésie fait chaque jour, laissant chaque jour faire la poésie.
Qu’est-ce que la poésie ?
Chaque jour de la vie est la poésie.
La poésie ne signifie rien que ce qui se fait en son nom, sous son invocation.
Poésie, aussi, signifie tout ce qu’on dit qu’elle est, plus autre chose, entre le moins et le plus, comme l’air autour des choses, dont on ne peut pas dire qu’il est juste autour des choses, les encadrant comme un cadre, les détournant comme un trait.

(in La poésie la vie, P.O.L., 1994)

Et aussi,
au salon de musique du lieu unique
Mercredi 27 janvier à 20h :
discussion entre Marc Cholodenko
et Patrick Kechichian, critique littéraire

2, Rue de la Biscuiterie à Nantes / Entrée libre

Quelqu’un dit
De l’impossibilité,

un texte d’Antonio Gamoneda
Lecture-concert & danse par la Cie Écrire un Mouvement
Lundi 8 février / 20h / Chapelle du Grand T
84, rue du Général Buat 44000 Nantes
Entrée : 8 euros – abonnés : 6 euros / résa : 02 51 88 25 25
Lecture-spectacle proposée par le Centre Culturel Franco- Espagnol de Nantes, en coréalisation avec Le Grand T et La Maison de la Poésie.

Avec Gilbert Traïna & Léone Cats
Mise en scène : Thierry Escarmant
Guitare et composition : Ryan Kernoa
Chant : Frédéric Jouanlong
Son : Gilles Lahonda


À la croisée du théâtre contemporain et de la danse actuelle, de la musique live et de l’art vidéo, Écrire un Mouvement (basé à Pau) explore l’humain, l’écriture, le mouvement et le corps et propose un travail autour de deux textes du poète Antonio Gamoneda, De l’impossibilité (traduit à Fata Morgana) et Clarté sans repos (traduit à Arfuyen), alternativement en français et en espagnol, avec deux voix, dont une au chant, et une guitare.

Antonio Gamoneda est considéré comme l’une des grandes voix de la poésie espagnole et mondiale, bien qu’il fût révélé tardivement. Né à Oviedo en 1931, il vit dans le Léon. Une voix “sombre et pathétique”, dit-on, au service d’une poésie discrète, âpre et grave, hantée par le vieillissement et la mort. Il déclare que son “profil d’écrivain va être déterminé par un ensemble de composantes historiques et biographiques : pauvreté familiale,
rare fréquentation de l’école publique et contemplation innocente de la cruauté et de la misère morale de la guerre civile et de l’après-guerre militarisée […], premières lectures pas du tout choisies et travail, dès l’enfance, à des postes subalternes […] par la suite, avec la découverte de la vocation poétique, études chaotiques, lectures imprévisibles” (repris sur Poezibao.com). Il a reçu le Prix Européen de Littérature en 1996. Traduit en France depuis 1995 par beaucoup Jacques Ancet, qui bagarre pour le faire connaître en France, on peut le lire aux éditions Lettres Vives, Arfuyen, Fata Morgana bien sûr, et chez Corti.

La lumière bout sous mes paupières//D’un rossignol abîmé dans la cendre, de ses noires entrailles musicales, surgit une tempête. Les pleurs descendent dans les anciennes cavités jaunes, je discerne des fouets vivants/et le regard immobile des bêtes, leur aiguille froide dans mon coeur./Tout est présage. La lumière est la moelle de l’ombre : des insectes vont mourir sur les bougies de l’aube. Ainsi : brûlent en moi les signifiés (…)
(in De l’impossibilité, Fata Morgana, 2004)

Pour en savoir plus sur l’oeuvre de Antonio Gamoneda
Mardi 2 février / 18h30 / Médiathèque Jacques Demy
Conférence de Jocelyne Bourligueux, professeur à l’Université de Nantes.

Salle Jules Vallès, Quai de la Fosse, Nantes
Entrée libre / Infos au CCFE 02 40 35 83 23

Jean-Patrice Courtois
Présenté par Bernard Bretonnière
Jeudi 11 février / 19h30 / Pannonica
En partenariat avec le Chant des mots (Angers).

Né en 1954, Jean-Patrice Courtois a écrit plusieurs études sur Rilke, Ponge, Reverdy, Guillevic, Emaz, Novarina et collabore à plusieurs revues. Poète, il a publié Vie inverse (Deyrolle, 1992), Hors de l’heure (Deyrolle, 1996), Complication du sommeil (Circé, 2001) et D’arbre et d’oeil (Prétexte, 2002). Ce qui s’entend, chez Jean-Patrice Courtois, est un oeil, un “oeil-je” qui frappe les parois du réel, ce mur quasi infranchissable, quoi donne une langue heurtée, qui râpe et dérape et ripe, qui ne flanche pas, s’obstine, tambourine contre ledit réel, épète et se répète, grammaire au poing (la poésie de Courtois semble avoir hérité de la poète américaine
Gertrud Stein) ; une langue en mouvement, en conflit permanent avec elle-même ; qui malgré tout, jubile de son impossibilité à perforer.

des plis mes plis des plis
une fièvre une ombre
dans les plis repliés
du mur portés par
pliage au puits de l’oeil
arrêté par vue constante
des pierres jaunes de sable
au-delà de là l’arbre
va trop vite pour laisser
ombre dans les plis les plis
d’ombre d’arbres cibles
trop fines pour le mur perfectible à l’entaille


(in D’arbre et d’oeil, Prétexte, 2002)

Jacques Roubaud
Présenté par Alain Girard-Daudon
Jeudi 4 mars / 19h30 / Pannonica
En partenariat avec l’I.U.F.M. (Nantes), l’Université de Nantes,
Alternantes FM, l’hôtel Pommeraye, La très petite librairie
(Clisson), la Maison de la Poésie de Rennes et le Triangle (Rennes).


“Jacques Roubaud, la poésie en tête” titrait en février 2008 Le Matricule des Anges qui lui consacrait sa une, et l’expression est juste. Ce grand marcheur marche en ruminant le poème, par quoi il le compose (il se définit comme compositeur de poésie), mettant en branle ainsi de cette manière sa gigantesque mémoire, rappelant à lui des centaines de sonnets connus par coeur (entre autres), musiquant sa phrase, marcheur sans contraintes élaborant ses contraintes, extrêmement concentré. Qu’il touche au roman, à l’essai ou à la poésie, l’Histoire, littéraire et des hommes, est convoquée, Jacques Roubaud est un érudit (sa période de prédilection : le Moyen Âge),
un chercheur (qui passe des heures à la Bibliothèque Nationale de France), un curieux de tout, mais soucieux de la langue dans tous ses états, de déployer plusieurs “mondes possibles de langues” ; l’oeuvre est généreuse.
Membre de l’Oulipo, il considère le jeu de langage comme une forme de vie. Mais il choisit son style pour chaque livre “À chaque moment, je réfléchis pour savoir quel style je veux utiliser” (in Le Matricule des Anges).

Marcher dans Paris, sans but véritable, sans obligation, est occasion de poésie. La poésie, selon mon expérience, naît de la marche, principalement (je me considère comme poète, principalement). Un certain ébranlement rythmique, résultant de l’alternance fatale de l’arsis et de la thesis (si on ne marche pas à cloche-pied, exercice auquel j’ai renoncé depuis un trop grand nombre d’années), le flip-flop du lever-tomber du pied droit puis du pied gauche, et réciproquement (est-il iambique ou trochaïque ? cela dépend du point de vue), se transmet au cerveau, où il suscite l’éveil des images, des images de mémoire, les images-mémoire qui sont matière première de la poésie.
Ensuite, parfois, viennent les autres images nécessaires qui sont des images-langue, où la poésie, si elle le peut, pénètrera.

(in Poésie : Seuil, 2000)

Le plus clair du temps je suis nue
Lecture-concert d’Anne Alvaro (voix) et David Lescot (trompette)
Sur des poèmes de Sophie Loizeau. Mise en scène de Claude Guerre
Ven. 12 mars / 20h / Chapelle du Grand T
84, rue du Général Buat 44000 Nantes
Entrée : 8 euros – abonnés : 6 euros / résa : 02 51 88 25 25
En partenariat avec le Grand T.


Une adaptation scénique d’extraits des trois premiers livres de la poète Sophie Loizeau : Le Corps saisonnier (Le Dé Bleu, 2001), La Nue-Bête (L’Act Mem, fonds Comp’Act, 2004) et Environs du bouc (id, 2005), poète “occupée d’amour de chair et d’esprit”, érotisant le réel pour une écriture sensuelle, donnant une fête païenne du corps. Ses mots sont dits et chantés par la comédienne Anne Alvaro, connue pour ses rôles au théâtre (elle a
notamment travaillé avec Denis Llorca, Bob Wilson, Maurice Bénichou, Georges Lavaudan…) et au cinéma (avec Andrzej Wajda, Romain Goupil, Agnès Jaoui), “elle les danse dans une scène longue aux couleurs d’automne la couleur de la chair selon notre poète amie des bois et des mousses, experte en nus de forêt, amie des animaux à cornes et à brames, fréquentant assidûment les boucs, roulant ses désirs dans les eaux et les ciels, foulant les terres et les boues, aimant la vie jusque dans la mort pourrissante.” (Claude Guerre) Elle est accompagnée de David Lescot à la trompette, connu lui comme auteur et metteur en scène, et dont l’écriture, ainsi que le travail scénique, associent au théâtre des moyens non dramatiques, ici “mêlant ses cuivres, soulignant, heurtant, commentant le verbe.” (Claude Guerre) Quant au metteur en scène, Claude Guerre, au service des auteurs vivants, il a longtemps oeuvré sur France Culture à la réalisation radiophonique d’écritures contemporaines, il est aujourd’hui le directeur de la Maison de la Poésie de Paris. Une adaptation drôle, sensuelle, enjouée et jubilatoire, où l’amour est en jeu. Sophie Loizeau a également publié récemment La femme lit (Flammarion, 2009).

LES AUTRES RENDEZ-VOUS

À LA RADIO…

« Les Draps dans les Mots »

Émission radiophonique avec les auteurs invités aux lectures, sur Alernantes FM (98.1 Nantes / 91 Saint-Nazaire). Un échange animé par Michel Sourget et Laurent Mareschal depuis l’intimité de la chambre 108 de l’hôtel Pommeraye., en direct de 17h10 à 18h00.

Jeudi 28 janvier : Marc Cholodenko
Jeudi 11 février : Jean-Patrice Courtois
Jeudi 4 mars : Jacques Roubaud (sous réserve)

HORS LES MURS…

Pôle Poésie :
Un cycle de rencontres avec des poètes sur le campus de Nantes en partenariat avec l’Université de Nantes, Fragil et la radio Prun’.

Mardi 26 janvier à 12h30 au pôle étudiant : lecture rencontre avec Marc Cholodenko animée par Aurélie Loiseleur.
Mardi 2 mars à 12h30 au pôle étudiant : lecture rencontre avec Jacques Roubaud animée par Aurélie Loiseleur.
Chemin de la Censive du Tertre Nantes / Entrée libre


Formation-rencontres sur la poésie à l’I.U.F.M.
Mercredi 3 mars : une journée à destination des stagiaires de l’IUFM de Nantes sur la poésie d’aujourd’hui par la rencontre avec deux auteurs : Jean-Pascal Dubost et Jacques Roubaud.

Kekçapoésie,
exposition sonore et visuelle sur la poésie contemporaine

Le dispositif, inspiré de l’origami, est constitué de feuilles pliées ouvrant sur seize espaces intimes d’écoute : un(e) poète lisant ses textes à écouter seul ou à plusieurs. Invitant à rencontrer seize poètes par la voix et des portraits photographiques, Kekçapoésie propose une approche vivante avec la poésie contemporaine.
Production : Maison de la Poésie de Nantes / Scénographie :
Raphaël Leray / Photographies : Phil Journé.
Février : Installation au C.R.L., Le Mans
Du 9 mars au 7 mai : installation à la médiathèque de Laval

 

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